Le labyrinthe de la citadelle

Jeudi 7 juin 2012, par Grenouille // Un peu plus loin en France

Au sud de la Loire, sous les champs, il existe des carrières dont les pierres extraites dès le moyen âge, servirent à construire ces châteaux qui font la fierté de notre patrimoine.

Dans ces carrières, on y extrayait le tuffeau.

Il y a un peu moins de cent millions d’années, au crétacé supérieur, des sédiments se déposèrent au fond d’une mer peu profonde. De cette sédimentation allait naître le tuffeau, roche poreuse et crayeuse où le mica apporte solidité.

Du moyen âge au XIXme siècle, nombre de carrières de tuffeau furent exploitées pour la pierre, puis vinrent d’autres matériaux destinés à la construction, ce qui conduisit progressivement à la fermeture des exploitations. Les vastes galeries basses aux piliers irréguliers d’où avaient été extrait les blocs étroits devinrent le théâtre de travail des champignonnistes.

Puis cette activité de l’ombre périclita à son tour.

Puis vint le silence.

Puis un soir où la lune et les augures avaient guidé mes pas, où mon lutin à bonnet bleu marchait à mes cotés, les murmures revinrent doucement .....

La rivière coule non loin de cette citadelle aux épais murs plus que centenaires.

Derrière les remparts de cette ancienne place forte où résidèrent les rois, sur le plateau, les blés ondulent au vent.

Quelques cheminées d’aération trahissent la présence de ce vaste réseau de carrières aux multiples entrées.

Le long du plateau, de fragiles portails de bois signalent les entrées jadis utilisées pour accéder au labyrinthe de pierre blanche !

Les lieux sont un véritable dédale de couloirs, de petites salles et de galeries. Il n’est pas rare de sentir les frissons arriver quand après un certain temps, après un curieux cheminement, on se retrouve dans une galerie déjà parcourue dans les deux sens !!

Le danger de se perdre est bien réel !!

L’exploitation s’étant faite sur plusieurs niveaux, des escaliers et des échelles ont été aménagés dans certains puits, fragiles passages entre les étages.

Les galeries font parfois près de trois mètres de haut. Les murs aux "parois en écailles" (décrochements) si caractéristiques serpentent. Les piliers tournés au positionnement souvent irrégulier soutiennent le ciel.

De l’époque d’extraction de la pierre, il reste quelques tableaux de comptage, des blocs grossièrement équarris en attente.

Les vestiges de champignonnistes sont plus nombreux, suite aux aménagements des lieux liés à l’activité.
- Portes de bois et cloisonnement en plastique délimitent les caves.
- Chaudières, pompes à eau, ventilateurs, réservoirs à eau et thermomètres montrent l’importance de la chaleur et de l’arrosage pour la culture de l’agaric.
- Caisses en bois, bidons, paniers, bouteilles à mycélium en grandes quantités en disent long sur le volume des quantités produites, sur l’intensité du travail passé.

Les murs blancs sont un livre d’histoire où les traces lapidaires couvrent plusieurs siècles. En parcourant les kilomètres labyrinthiques de ces lieux magiques, la machine à explorer le temps entre en action !

Les traces laissées sur les murs permettent de comprendre les techniques, les mœurs et pratiques de ces travailleurs de l’ombre ainsi que le temps et l’histoire qui passaient au dehors.

La culture des champignons s’est faite meules jusque dans les années 50. Les meules portaient un nom :
- accot : celle le long de la paroi.
- vierge : meule destinée à la production de blanc.
- jumelle : au centre quand les meules étaient groupées par 2.
- triplette : au centre quand les meules étaient groupées par 3.
- vidange : place à une nouvelle série de production : Les déchets de taille des carriers étaient utilisés une fois broyés et mélangés pour le gobetage des meules.

D’autres vous expliqueront mieux que mois ces termes techniques.

Quelques salles sont ornées de dessins mystérieux de plus de 160 ans d’age où animaux et personnages mythologiques dansent sur les parois (que ces lieux restent dans le secret pour leur préservation).

Une salle montre aux curieux une scène de demande en mariage, où lion, coq et aigle sont les témoins (nationalistes ?) d’une étrange union, celle de "Monsieur Lindoigt" offrant un bouquet de fleurs à sa promise !!

De légers graffitis quelque peu polissons prennent place sur les murs :

- "Mademoiselle 6 7 1 9 9 que vous avez se 9 peut être qu’1 10 20 plaisir que de s’100 servir" !!

A vous de déchiffrer ce grivois code !!

d’autres graffitis relatent des faits plus graves :

- Prussiens.
- menace de guerre 1938, déclaration 1939.

Les lieux, magnifiques, sont riches d’écritures et de dessins.

Une paisible atmosphère y règne.

Parfois, quelques espiègles farfadets se glissent le long des galeries, regardant d’un air soucieux les photographes de l’ombre que nous sommes.

Mais ça, c’est une autre histoire ... ... ...

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2 Messages de forum


Derniers commentaires

20/06 — Le labyrinthe de la citadelle — par in-cognito

Super ! sympa de voir de la nouveauté et surtout du tuffeau ce qui est rare ! Lire la suite »

8/06 — Le labyrinthe de la citadelle — par Pat911

Enfin du nouveau ! On se lamentait depuis des semaines de ne plus lire (et surtout admirer) un nouveau CR. Lire la suite »