La carrière du soldat de l’Empire

Jeudi 19 juillet 2012, par Grenouille // Un peu plus loin en France

A quelques pas du fleuve.

Ce calcaire tendre composé de mica à donné naissance au tuffeau.

Presque au dessus, un château ... au dessous, un vaste réseau empli de souvenirs !!

Le fleuve coule doucement en bordure de la ville.

Le long de cette route qui relie quelques châteaux de la Loire autrefois occupés par les Rois de France, la colline apparait sous les arbres.

Dans le coteau abrupte, des effondrements signalent la présence d’anciennes entrées de carrières.

Autrefois entretenues, ces entrées aujourd’hui laissées à l’abandon disparaissent sous la végétation et les éboulements de terrain.

En bordure de la ville trône un château.

Majestueux et énigmatique, ce château présent dès le moyen age où en tant que forteresse il défendait les rives du fleuve, subit les outrages de la révolution avant d’être reconstruit au XIXme siècle. Maintenant il est le théâtre de fêtes et de réceptions.

Non loin de là, sous les lianes et les fougères, entre deux piliers à demi effondrés, la fraicheur du ventre de la terre invite à l’exploration.

L’extraction de la roche a été la première activité rencontrée dans ces lieux. Du sous sol a été extrait le tuffeau, dont on a construit les murs de châteaux et belles demeures de la région.

Les galeries sont basses et partent un peu dans tous les sens, avec toujours cette particularité régionale des structures en "écailles".

Certaines voies conduisant vers des bouches d’entrées ont un sol de ciment, vestige du temps où de lourds véhicules passaient par ces axes. Les entrées sont fermées par des grilles maintenant branlantes et mangées par la rouille ou des portes de bois rongées par l’humidité.

Des parties plus anciennes et souvent plus basses car en partie remblayées, ont des piliers en forme de diabolo qui soutiennent un ciel souvent fissuré. Au plus profond de la carrière, là ou l’activité a été la plus ancienne, existent des zones chaotiques où quelques écrits informatifs subsistent (obstrué, fontaine ...)

Dans ce labyrinthe, les cloisons de plastique translucides (voiles fantomatiques "isolant" autrefois les caves de culture de champignons), longent les galeries, respirent et ondulent sous les rares courant d’air. Des montagnes de paniers de bois résistent mollement au temps et à son usure, se laissant envahir par la pourriture !

Élément typique des carrières de la région, la boussole est indispensable tant le risque de se perdre et d’errer est grand !

De temps en temps, sous les emplacement des constructions qui peuplent la surface, d’antiques murs de soutien font leur apparition. Épais et vieux comme la montagne, ils gardent gravés dans leur chair des inscriptions d’un autre temps : des gravures plusieurs fois centenaires apparaissent sous les lampes ; sur un même moellon, 1794 et 1811 sont cote à cote, pour l’éternité !!

La machine à remonter le temps prend alors de la vitesse et la trace des siècles passés ressurgit !!

Sur les mur des galeries, des tableaux de comptages et quelques graffitis plus modernes subsistent.

- Camille sur son cheval.
- un chariot moderne.
- piliers numérotés et flèches indiquant on ne sais quoi mais la typographie reste magnifique !
- conseil aux chartiers afin de limiter les destructions de piliers !

Au fin fond de ce réseau, là où même les rhinolophes n’osent s’aventurer, des salles contiennent des dessins rupestres.

Dans l’une d’elles, sur les parois de pierre blanche, une série de dessins polychromes représente des scènes de la vie locale et des soldats du XIXme siècle (vraisemblablement des soldats du 1er l’empire).

Sur un des mur un Grenadier de l’Empire monte la garde de cette étrange et magnifique fresque !!

- deux personnes attablées trinquant quelque accord, le chat à leur pied.
- un homme et un femme devant un arbre fruitier en pot.
- deux hommes encadrant un moulin à vent.
- deux militaires se battant en duel.

Une série d’écrits gravés datée de 1865/75 se voit en surcharge des dessins. Il semble que ses murs ont suscité un nombre important de visites à travers le temps et ces surcharges en sont le témoignage de de pérégrinations locales.

Dans une autre partie de galerie, de dessins de visages ou de silhouettes surprennent par la précision du coup de crayon et de l’expression qui leur sont donnés.

Cette carrière est basse et profonde, et les esprits des carrières heureusement la protègent.

Je remercie le lutin au bonnet bleu de partager mes aventures souterraines et l’Homme à la barbe de nous avoir fait découvrir ces lieux ... ... ... lieux étranges où les murs tremblent de temps en temps !!

serait-ce un train qui passe au loin, où un troll qui s’éveille ? ... ... ...

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