La caverne des cosaques

Mardi 12 février 2013, par Grenouille // Creutes

Sous le plateau, à l’abri du vent froids, non loin des bois. 2013 ... 1945 ... 1918 ... 1871. La machine à remonter le temps s’emballe !

La campagne picarde est belle.

Les céréales ondulent sous le vent au début de l’été, la neige recouvre tout de son manteau blanc l’hiver venu. Le vent est si froid sur le plateau en hiver !!

A quelques mètres de là, en bordure du plateau, sous le lierre et les orties, une bouche de cavage s’ouvre sur la pénombre.

Les galeries qui partent en étoile s’enfoncent au loin, dans les profondeurs de la terre et du temps.

De hauts et larges couloirs (galeries de circulation) bordés par des cloisons de champignonnistes se perdent dans d’antiques et bas ateliers d’extraction.

Le ciel est à 3/4 mètres de hauteur, et passe à prêt de 8 mètres et plus dans une partie dont quelques piliers alignés donnent une atmosphère de nef de cathédrale.

Quelques entrepreneurs ayant travaillé ici signeront murs ou ciel de carrière de leur patronyme.

Un grand puits d’extraction carré aujourd’hui bouché par la terre trône majestueusement entre quatre piliers. Des traces d’usure laissées par les cordes font comme des cicatrices sur les bords internes du puits. Un peu plus loin, un autre puits plus modeste est lui aussi bouché par des plaques et de la terre.

Une machine agricole, certainement une planteuse à godets attend dans la pénombre la venue d’un hypothétique agriculteur tandis que quelques chiroptères observent les pacifiques intrus que nous sommes.

Une "trieuse-peseuse" exhibe sa balance dont le mécanisme reste bloqué.

La signalétique laissée par les champignonnistes indique le numéro des caves utilisées ainsi que les quantités récoltées sur d’épars tableaux de comptage. De fantomatiques bâches translucides peinent à garder étanche les différentes caves. De petites portes traverses les murs de pierre sèches. Des restes de meules gisent au sol tandis que des tuyaux parcourent le plafond.

Un bidon vide de Betanal (sympathique herbicide industriel puissant et loin d’être écologique !!) git à quelques pas d’un bidon d’huile pour moteurs.

La rouille ronge lentement les outils. L’oubli ronge doucement les souvenirs de ces lieux. La pierre garde en elle quelques traces d’histoire.

En 1870, l’invasion prussienne passe par la Picardie.

Canon à obus fusant et mitraillettes contre cavalerie et fusils "Chassepot" ! Cette armée de cosaques, guerriers vus comme des pillards et des pirates va occuper la région, effrayant les populations locales qui se souviennent avec effroi de l’année 1814.

Le 19 aout 1872, un dessinateur anonyme sans doute réfugié dans la carrière dessinera cet épisode de l’histoire locale.

A l’automne 1914, cette région est de nouveau soumise à la mitraille et les obus pleuvent. Le courage des soldats français face à l’offensive allemande de juin 1918 non loin de cette carrière, sur le plateau, sera reconnu comme un acte héroïque.

Plus au fond de la carrière, des plaques commémoratives viendront par la suite aider le passant à ce souvenir du combat des dragons face à la poussée allemande ultime.

Cette carrière aux usages militaires divers servira de poste de commandement, de cantonnement et d’ambulance .

Un autel y sera sculpté dans la pierre. Il ne sera jamais terminé !!

Le soldat Nègre, sculpteur de ce lieu de prière tombera t-il au combat ?

Une sortie donnant sur le plateau sera creusée dans la masse. Aujourd’hui, elle ne débouche plus sur le champ de bataille.

Des plaques de sépultures et de régiments abimées par le temps et les iconoclastes demeurent sur les parois. Viennent elles d’un cimentière provisoire aujourd’hui disparu ?

La campagne picarde retrouva après 5 ans de guerre calme et paix.

25 ans plus tard, "l’ennemi héréditaire" viendra sur le même front. En 1945, des militaires américains signeront cette pierre si souvent théâtre de guerre, tel un livre d’histoire minéral support du témoignage de ces propres acteurs !

2012, l’automne a fait place à l’hiver.

Dans la pénombre du soir, des silhouettes armées ressemblant à des militaires montent la garde devant l’entrée !!!

La guerre serait elle de nouveau aux portes du plateau ?

Non, heureusement pour nous !!

Ce ne sont que des chasseurs réunis non loin de la bouche de cavage narrant à force de voix leurs exploits .

Un chiroptère passe non loin de nous, un bonnet bleu passe non loin de moi.

Il est temps pour nous de retrouver le monde moderne.

Portfolio

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1870 et 1871 l’année des cosaques
1870 et 1871 l’année des cosaques

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