Tauentzien Höhle

Lundi 16 novembre 2009, par Grenouille // Creutes

Carrière bordant le Chemin Des Dames, lieu de cantonnement des régiments des différents belligérants. Sous le plateau calcaire, un réseau de galeries en partie creusées par les allemands permettait de communiquer sur les deux versants. Cette creute se situe sur le versant sud, dans les pentes boisées, non loin de l’emplacement d’une ferme aujourd’hui disparue. Cette carrière est gérée par une association qui par son travail permet de faire découvrir ce livre d’histoire dont les murs sont les pages, tout en protégeant les lieux et les souvenirs des dégradations. Cette carrière est chargée d’émotion.

Après le puits d’accès franchi, cette carrière basse laisse découvrir au visiteur une grande richesse iconographique, traces rupestres de différentes périodes d’occupation des lieux.

Exploitée pour sa pierre dès le Moyen Age, des carriers laissent sur les murs des traces de les passage :

- Un chemin de croix, symbole de parcours initiatique de compagnonnage.
- La signature de François Moraux, carrier en 1736.
- Une épitaphe de deux carriers morts sous un effondrement en mai 1838, Laurent Mulpas et son fils Francis (représentant deux croix latines encadrant deux têtes de mort avec tibias entrecroisés et deux outils de carrier, un pic et une laie, entrecroisés).

Cette carrière servit vraisemblablement de refuge pour les habitants de la ferme et du villages au XIXe siècle puis elle connu une occupation importante lors de la guerre 14-18.

Entre 1914 et 1918, les armées de différentes nations vont occuper et aménager les lieux (portes "étanches", chambrées, galeries ...). En 1914, l’armée allemande s’y installe. Entre février et mai 1918 l’armée française et américaine y demeure avant une reconquête des lieux par l’armée allemande.

De nombreuses galeries vont être creusées par les allemands sous le Chemin Des Dames tout proche. 600 mètres séparent les entrées opposées de ce réseau sous le plateau.

Ce fut un lieu de casernement et nombre d’objets nous sont parvenus : gourdes, casques, armes, obus et cartouches, godillots, lits, vaisselle ... les graffitis sont nombreux, et chacun des belligérant a respecté ceux des armées adverses.

On y trouve des sculptures, des dessins rehaussés à l’encre violette ou au crayon. Il y a comme dans beaucoup de carrières du soissonnais différentes symboliques à ces traces laissées par les soldats :

- des symboles militaires et patriotiques (Kaiser, ceux qui vont mourir te saluent)
- des symboles religieux ou liés à une confrérie.
- des symboles liés à l’esprit de corps. (Blason de régiment, identifiant de section)

L’enfer se trouve à quelques pas à la surface, sur le plateau. Les soldats savent qu’ils montent à la mort et en écrivant leur nom montrent qu’ils sont vivant, alors qu’ils ne savent s’ils le seront le lendemain.

La bataille de ce secteur est particulièrement violente fin juin 1917 : "Les soldats freinent à monter en ligne sous le déluge de tous calibres ... les obus tombent comme grêle *..." ( * Texte des journaux de marche des régiments)

La famine, la peur, la vermine sont le quotidien de ces soldats. Les violents bombardements d’artillerie vont fragiliser les voutes.

Lieu de vie et de repos, c’était aussi le lieu précédant la montée sur le champ de bataille. Ici, on trouve aussi :
- des sépultures (pillées il y a presque 30 ans mais toujours honorées)
- la signature de militaires américain laissant leur adresse au pays
- l’épitaphe de six soldats qui partant au combat savent qu’ils vont mourir. (certains ne reverront pas leur pays mais tous ne mourront pas)
- des dessins de la vie civile (instrument de musique, bateaux, animaux)

Sur les murs, le visage de personnages célèbres (oncle Sam, Buffalo Bill, un chef indien, un soldat américain qui verse une larme avec en tête dans ses pensées la bannière étoilée...), ou des caricatures de l’adversaire (Guillaume II avec une tête de cochon)

Je remercie G.T. pour son invitation et plus particulièrement Gilles Ch. et les membres de l’association "Chemin Des Dames" pour la qualité de leur travail et leur accueil.

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